Myasthénie et kiné respi

Partage de mon travail suite à mon premier stage de K1

J’ai été confrontée au cours de mon stage en Réanimation à l’Hôpital Raymond-Poincaré à Garches, à de nombreux cas de Myasthénie.

La Myasthénie est une maladie neuromusculaire chronique liée à un défaut de transmission entre le nerf et le muscle. Elle peut toucher les muscles respiratoires, de façon plus ou moins grave.


Nous avions notamment dans le service de Réanimation deux cas de Myasthénie grave chez des patients âgés respectivement de 60 et 62 ans : un cas pour lequel le kinésithérapeute s’aidait d’une machine d’insufflation et d’exsufflation mécanique. Et un second cas pour lequel le kinésithérapeute n’utilisait pas de machine et ce à la demande du patient.
Le fait que la machine soit utilisée ou non m’a poussée à me demander : Quelle est l’efficacité de l’utilisation de machine de ventilation mécanique par rapport à une séance de kinésithérapie respiratoire manuelle; chez les patients myasthéniques graves de plus de 60 ans ; au niveau de la fonction respiratoire ?

Afin de trouver des articles me permettant de répondre à la problématique posée, je me suis d’abord rendue sur la base de données PubMed.

Je me suis servie du mode de recherche avancée où j’ai écrit « mechanical ventilation myasthenia ». J’ai utilisé PubMed afin de pouvoir trouver des articles en anglais. De façon générale, la littérature anglaise est bien plus riche et récente. J’ai fait appel au mode de recherche avancée de façon à pouvoir sélectionner uniquement les essais cliniques (« clinical trial » qui constituent une source primaire).
Cette recherche ne s’est pas montrée satisfaisante.


J’ai alors précisé ma recherche par rapport aux mouvements de ventilation effectués : expiration et inspiration. J’ai alors cherché sur PubMed en mode de recherche avancée les termes « myasthenia inspirat* », et avec comme filtre « Clinical Trial ». Six articles se sont présentés à moi.

Même si tous me paraissaient très intéressants, j’ai dû épurer mes résultats : par rapport à la date de l’article, aux auteurs et à leur potentielle renommée, au fait que l’article puisse se trouver sur différentes bases de données …


Mon choix s’est donc porté sur l’article suivant pour différentes raisons : c’est le plus récent, il s’agit d’un essai clinique en simple aveugle (seul le technicien mettant en place les résultats est placé en aveugle) mettant en jeu deux groupes de patients myasthéniques graves âgés de 33 à 75 ans. Il est présent sur différents sites, ce qui peut être une preuve de sa fiabilité : on le retrouve notamment sur PubMed, ScienceDirect, PEDro. Ses auteurs ont écrit plusieurs articles sur le domaine de la Pneumologie, ce qui semble présager d’une bonne connaissance en ce domaine. De plus, cet article répondait plus ou moins à ma question : on retrouve bien la population souhaitée, l’intervention est un peu plus précise que celle énoncée dans la problématique, une comparaison est établie et enfin les critères d’évaluations sont respectés.

Il s’agit donc d’un essai randomisé constitué de deux groupes : un groupe contrôle et un groupe d’entrainement. Pendant huit semaines, le groupe d’entrainement suivait deux fois à la maison et trois fois par semaine à l’hôpital une séance de Kinésithérapie respiratoire de 45 min dont 10 minutes de Kinésithérapie inspiratoire à l’aide d’un appareil. Tandis que le groupe contrôle n’a bénéficié que de séances de kinésithérapie respiratoire. Différents critères d’évaluation étaient alors pris en compte : la fonction pulmonaire et les muscles respiratoires (volume maximal de ventilation, pression expiratoire maximum et pression inspiratoire minimum), la mobilité thoracique, …

En termes de résultats, sur le plan respiratoire, une nette amélioration a été notée : la pression inspiratoire maximum a augmenté de 56 à 71 cm d’H20, représentant une augmentation de 27% chez le groupe entrainé alors qu’aucune augmentation n’a été remarquée pour le groupe contrôle. La pression expiratoire maximum a augmenté de 103 à 115 cm d’H20. Au niveau de la mobilité thoracique, une amélioration est également observée. Mais aucune différence n’a été constatée au niveau de l’endurance. Les résultats sont dits signifiants (p=0,001).
Dans une certaine mesure, cet article répond à ma question. En effet, les résultats montrent globalement que l’utilisation de machines assurant un travail d’inspiration est efficace pour améliorer la condition respiratoire des personnes atteintes de Myasthénique grave âgées de plus de 60 ans.

Mais je vois néanmoins certaines limites dont la principale est la date de l’article. En effet, il date de 13 ans et un article est dit « obsolète » au bout de 10 ans en moyenne.
Par ailleurs, au niveau de l’expérience, l’inspiration aidée par une machine constitue une petite partie de l’exercice (1/3 de la séance). L’échelle d’âge ciblée par cette étude est assez étendue. La machine et son mode de fonctionnement ne sont pas explicitement décrits. La douleur et l’aspect de confort au niveau du patient ne sont pas évoqués, au même titre que l’étude s’étend sur 8 semaines, ce qui semble assez peu.


Nous pourrions alors nous demander quels seraient , à l’avenir, les résultats d’une telle étude chez des patients myasthéniques âgés globalement de 60 ans.

Article cité:

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16162753

Fregonezi GAResqueti VRGüell RPradas JCasan P. Effects of 8-week, interval-based inspiratory muscle training and breathing retraining in patients with generalized myasthenia gravis.CHEST. 2005  ;128(3):1524-30.

Julie

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